Fiscalité suisse après un achat immobilier au Pérou : que faut-il déclarer ?

Vous venez d'acquérir — ou envisagez d'acquérir — un appartement à Lima. Une question revient systématiquement : que se passe-t-il du côté suisse ? Faut-il déclarer ce bien ? Sera-t-il imposé deux fois ? Ce guide répond aux questions essentielles, avec les références officielles disponibles et les limites inhérentes à tout article généraliste.

Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. La situation d'un investisseur suisse détenant un bien au Pérou est complexe et individuelle. Consultez impérativement un conseiller fiscal qualifié, maîtrisant le droit suisse et le droit péruvien, avant toute décision.

Un bien immobilier au Pérou doit-il être déclaré en Suisse ?

La réponse est oui, sans ambiguïté, pour toute personne physique résidente fiscale en Suisse. Les autorités fiscales suisses — qu'il s'agisse du canton de Genève, de Vaud, de Zurich ou de tout autre — appliquent le principe d'imposition sur l'ensemble du revenu et de la fortune mondiaux. Un bien immobilier situé à l'étranger fait partie de ce patrimoine mondial et doit être déclaré.

Cela signifie concrètement que, dans votre déclaration d'impôt cantonale et fédérale directe, vous devez :

  • mentionner la valeur du bien (valeur vénale, estimée de manière raisonnable) dans votre déclaration de fortune ;
  • indiquer les revenus locatifs éventuels perçus, même s'ils ont déjà été imposés au Pérou ;
  • signaler toute dette hypothécaire contractée pour financer l'achat, qui vient en déduction de la fortune imposable suisse.

L'omission d'un bien étranger constitue une violation des obligations déclaratives. Les autorités fiscales suisses échangent des informations avec de nombreux pays dans le cadre de l'échange automatique de renseignements (EAR), bien que les modalités pratiques avec le Pérou doivent être vérifiées auprès d'un conseiller fiscal.

Le bien est-il imposé deux fois ?

C'est la crainte la plus fréquente, et elle est légitime. La bonne nouvelle est que la Suisse et le Pérou ont conclu une Convention contre les doubles impositions (CDI), entrée en vigueur le 10 mars 2014 (publiée au Recueil officiel suisse : RO 2014 657).

Cette convention a pour objectif principal d'éviter qu'un même revenu ou élément de fortune soit imposé deux fois — une fois dans chaque pays. Elle contient notamment des dispositions spécifiques sur les revenus immobiliers (généralement à l'article 6 des CDI de type OCDE), qui attribuent à l'État où le bien est situé — le Pérou, dans notre cas — le droit d'imposer ces revenus en priorité.

À nuancer

Une CDI réduit le risque de double imposition, mais ne l'élimine pas toujours complètement. Les modalités concrètes d'application (méthode d'élimination retenue, traitement canton par canton, interaction avec les règles internes) doivent être vérifiées avec un conseiller fiscal qualifié connaissant les deux régimes. Ne jamais déduire seul des conséquences fiscales d'une CDI sans expertise professionnelle.

Comment la Suisse tient compte d'un bien immobilier étranger ?

En droit fiscal suisse, lorsqu'une CDI attribue au Pérou le droit principal d'imposition sur les revenus immobiliers, la Suisse applique généralement la méthode d'exonération avec réserve de progressivité. Concrètement :

  • Les revenus péruviens (loyers) et/ou la valeur du bien peuvent être exonérés d'imposition directe en Suisse ;
  • Cependant, ces éléments sont pris en compte pour déterminer le taux d'imposition applicable aux revenus et à la fortune de source suisse. En d'autres termes, votre bien péruvien peut "monter" votre taux suisse sans être imposé directement.

Il est également courant que la valeur du bien figure dans la déclaration de fortune, avec une déduction correspondant à une éventuelle dette hypothécaire. Le traitement précis varie selon le canton et la situation individuelle.

Certains cantons appliquent des règles légèrement différentes concernant les biens étrangers ; une vérification auprès d'un fiduciaire ou fiscaliste cantonal est donc indispensable.

Que se passe-t-il si le bien est loué à Lima ?

Si votre appartement est loué à Lima — en courte ou longue durée — plusieurs obligations s'appliquent des deux côtés.

Côté péruvien

Pour un propriétaire non domicilié au Pérou (c'est le cas de la plupart des investisseurs suisses), la SUNAT applique une retenue à la source de 5 % sur les revenus locatifs bruts de source péruvienne. Cette retenue est effectuée par le locataire domicilié au Pérou, qui la verse à la SUNAT via le Formulario Virtual N° 617. Le propriétaire non résident n'a pas lui-même à déposer de déclaration de revenus au Pérou, mais doit s'assurer que la retenue est correctement effectuée.

Si le locataire est également non domicilié (cas moins fréquent), les modalités de déclaration diffèrent et doivent être clarifiées avec un comptable péruvien.

Les frais de gestion locative (honoraires de l'agence, charges de copropriété, travaux d'entretien) peuvent potentiellement être déduits pour le calcul de la base imposable péruvienne : ce point doit être validé avec un contador qualifié au Pérou.

Côté suisse

Les loyers perçus doivent figurer dans votre déclaration fiscale suisse. Selon la CDI et la méthode d'exonération appliquée par votre canton, ces revenus peuvent ne pas être directement imposés en Suisse, mais ils influencent le taux applicable à vos autres revenus. La retenue péruvienne de 5 % peut, selon les cas, être déduite ou prise en compte pour éviter une double imposition effective — votre conseiller fiscal suisse vérifiera ce point.

Besoin d'aide pour structurer votre projet ?

Swiss Lima Property ne remplace pas un fiscaliste, mais vous aide à préparer les bons documents, à comprendre les étapes et à coordonner les intervenants entre Genève et Lima.

Quels impôts existent côté péruvien ?

Voici un aperçu des principales obligations fiscales applicables à un acheteur non résident au Pérou.

À l'achat : l'Alcabala

L'Alcabala est l'impôt de transfert immobilier péruvien, à la charge de l'acheteur. Selon le SAT (Servicio de Administración Tributaria de Lima), il est calculé à 3 % de la valeur de transfert (ou de la valeur d'autoévaluation cadastrale si elle est supérieure), déduction faite des premières 10 UIT exonérées.

  • UIT 2025 : S/ 5 350 → 10 UIT = S/ 53 500 exonérés
  • UIT 2026 : S/ 5 500 → 10 UIT = S/ 55 000 exonérés
  • Exemple : pour un bien à USD 120 000 (≈ S/ 444 000), l'Alcabala représente environ 3 % × (444 000 − 53 500) ≈ S/ 11 715 ≈ USD 3 160, soit environ 2,6 % du prix d'achat.

L'Alcabala est payée au SAT de Lima (ou à la municipalité compétente), généralement via le notaire au moment de la signature. Attention : certaines premières ventes par un promoteur immobilier peuvent bénéficier de conditions particulières — à confirmer avec un avocat ou notaire péruvien.

Chaque année : l'impôt foncier (Predial)

Le Impuesto Predial est l'équivalent péruvien de l'impôt foncier, dû annuellement à la municipalité où est situé le bien. Il est calculé sur la valeur cadastrale (valeur d'autoévaluation) selon un barème progressif :

  • 0,2 % jusqu'à 15 UIT de valeur cadastrale
  • 0,6 % de 15 à 60 UIT
  • 1,0 % au-delà de 60 UIT

Pour un appartement standard à Lima (valeur cadastrale généralement inférieure à la valeur de marché), cet impôt reste modeste. Il est payé annuellement au SAT, en une ou quatre fois.

Sur les revenus locatifs

Comme détaillé ci-dessus : retenue à la source de 5 % sur les loyers bruts pour un propriétaire non domicilié (SUNAT).

À la revente

La fiscalité applicable à la cession d'un bien immobilier par un non-domicilié — notamment en cas de plus-value — dépend du statut fiscal du propriétaire, de la nature du bien et de l'opération. Ce point doit impérativement être validé avec un fiscaliste ou un avocat péruvien avant toute transaction de revente.

Quels documents conserver ?

Constituer et archiver soigneusement un dossier documentaire est essentiel : il servira à la fois pour votre déclaration suisse et pour toute démarche au Pérou (revente, succession, litige). Voici la liste des documents indispensables :

  • Escritura Pública : acte notarié de vente, document fondateur de votre titre de propriété.
  • Partida Registral (SUNARP) : extrait d'inscription au registre foncier péruvien confirmant votre titre.
  • Preuve du prix d'achat : virements bancaires, relevés, tout document traçant le flux financier depuis la Suisse.
  • Justificatif de paiement de l'Alcabala : reçu émis par le SAT.
  • Contrats de location (si le bien est loué) : contrato de arrendamiento, avec date et montant.
  • Relevés de loyers perçus : virements ou reçus, mois par mois.
  • Preuves des retenues SUNAT : formulaires de retenue remis par le locataire ou l'agence.
  • Factures de travaux et d'entretien : toute dépense liée au bien, potentiellement déductible.
  • Factures de frais de gestion : honoraires de l'agence locative ou de Havenbnb Peru.
  • Quittances de Predial : preuves de paiement de l'impôt foncier annuel.
  • Relevés de charges de copropriété (cuotas de mantenimiento).

Conservez ces documents au minimum 10 ans (durée de prescription fiscale en droit suisse pour les biens étrangers pouvant varier). Scannez-les et sauvegardez-les dans un espace sécurisé en Suisse.

Le rôle de Swiss Lima Property

Swiss Lima Property ne se substitue ni à un fiscaliste suisse ni à un avocat ou contador péruvien. Ces professionnels restent indispensables pour valider votre situation personnelle.

En revanche, nous pouvons vous aider à :

  • Structurer votre projet en amont, en identifiant les questions fiscales à poser à chaque expert ;
  • Préparer et centraliser vos documents côté péruvien (Alcabala, SUNARP, contrats) de manière à faciliter le travail de votre fiduciaire suisse ;
  • Coordonner les intervenants entre Genève et Lima : notaire, contador, agence locative ;
  • Assurer un suivi régulier des obligations récurrentes (Predial, relevés de loyers, retenues SUNAT) via notre partenaire Havenbnb Peru.

Pour discuter de votre projet : nous contacter. Pour mieux comprendre notre approche : À propos de Swiss Lima Property.

Questions fréquentes

Dois-je créer une société (SA ou Sàrl) pour acheter en nom propre au Pérou ?

La plupart des investisseurs particuliers achètent en nom propre au Pérou. La création d'une structure sociétaire (péruvienne ou suisse) peut présenter des avantages dans certains cas — notamment pour des portefeuilles importants ou des objectifs successoraux — mais entraîne aussi des obligations comptables et fiscales supplémentaires. Ce choix doit être analysé avec un conseil juridique et fiscal maîtrisant les deux droits.

Le bien péruvien entre-t-il dans ma fortune imposable en Suisse ?

En principe oui : un bien immobilier étranger doit figurer dans votre déclaration de fortune suisse. Selon la CDI et votre canton, il peut être exonéré directement mais rester pris en compte pour le taux (progressivité). La valeur à déclarer est généralement la valeur vénale ; votre fiduciaire suisse vous guidera sur la méthode d'estimation acceptable.

La retenue de 5 % au Pérou est-elle déductible en Suisse ?

Potentiellement oui, selon les dispositions de la CDI et les règles internes de votre canton. Dans les CDI de type OCDE, un mécanisme d'imputation ou d'exonération permet d'éviter que l'impôt étranger s'ajoute à l'impôt suisse. La confirmation de ce point est indispensable auprès d'un conseiller fiscal suisse.

Dois-je obtenir un numéro fiscal péruvien (RUC) ?

Oui. Pour finaliser l'achat d'un bien immobilier au Pérou, un étranger doit en principe s'inscrire auprès de la SUNAT pour obtenir un RUC (Registro Único de Contribuyentes). Cette démarche peut être réalisée sur place ou via un représentant dûment mandaté.

Que se passe-t-il fiscalement en cas de revente avec plus-value ?

Côté péruvien, la fiscalité applicable à la plus-value pour un non-domicilié doit être validée avec un fiscaliste péruvien avant toute revente. Côté suisse, les gains immobiliers réalisés à l'étranger sont en principe soumis à l'impôt cantonal sur les gains immobiliers, mais les modalités varient selon le canton et la CDI applicable. Ce point est particulièrement complexe et individuel.

Sources

  1. SUNAT — Obligaciones de los no domiciliados / Alquiler de inmuebles. personas.sunat.gob.pe
  2. SAT Lima — Impuesto de Alcabala. sat.gob.pe
  3. MEF Pérou — Valor de la UIT 2025 : S/ 5 350 (DS 260-2024-EF) ; UIT 2026 : S/ 5 500 (DS 301-2025-EF). gob.pe/mef
  4. SIF / ESTV Suisse — Conventions contre les doubles impositions — Pérou (CDI en vigueur depuis le 10 mars 2014, RO 2014 657). sif.admin.ch
  5. AFC (Administration fédérale des contributions) — Imposition des revenus et de la fortune étrangers. estv.admin.ch
  6. SUNARP — Registros Públicos, inscription des transferts immobiliers. sunarp.gob.pe

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